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 La poudrière des Balkans réamorcée...

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goldilox

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MessageSujet: La poudrière des Balkans réamorcée...   Mer 28 Nov - 19:09

Les Balkans connaîtront-ils un jour la stabilité? Plus le temps passe, plus cette perspective apparaît comme une chimère inaccessible, tant les rebondissements ont été nombreux depuis la disparition de Tito. À croire que feue la Yougoslavie ne finira jamais de se déliter, les tensions ethniques succédant aux aspirations irrédentistes, les revendications nationalistes se mêlant aux rivalités religieuses, le tout dans un interminable ballet de haine et de destruction.




Et voici qu’à l’occasion des élections qui se sont tenues le 17 novembre, on reparle du Kosovo. Quoiqu’on n’avait jamais vraiment arrêté d’en parler, à bien des égards. Depuis la fameuse « Guerre du Kosovo », les bombardements massifs de l’Otan en 1999, le retrait serbe et l’arrivée concomitante de la KFor, puis plus tard la mise en place de l’administration onusienne, la Minuk, la situation de la province n‘a pour ainsi dire pas évolué d’un iota, que ce soit d‘un point de vue juridique ou même simplement dans les faits. La communauté internationale jongle bien malhabilement entre la volonté indépendantiste des leaders albanais du Kosovo et le refus véhément, quoique pas toujours très honnête et motivé, de Belgrade de lâcher une province réputée être le berceau de la nation serbe.

D’un point de vue strictement juridique, le Kosovo est et demeure toujours partie intégrante de la Serbie. C’est ce qui ressort de la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies. Cependant, Belgrade ne dispose plus d’aucune prérogative souveraine à l’égard de la province, dotée d’organes autonomes, mais placés sous l’autorité, pour ne pas dire sous la tutelle directe de la Minuk. Un statut provisoire, et accessoirement très insatisfaisant, essayant de ménager la chèvre albanaise et le chou serbe tout en faisant encore un peu plus monter la tension car ne satisfaisant aucune des deux parties, et qui pourrait encore faire long feu.

De fait, que nous apprennent les élections générales qui se sont déroulées la semaine dernière au Kosovo ? Premièrement, que la politique n’est pas la priorité des habitants de la province, dont seulement 45 % se sont déplacés pour aller voter le 17 novembre. Sans doute faut-il voir dans ce taux d’abstention massive la conséquence de ces années d’incertitude, de 1999 jusqu’à aujourd’hui, durant lesquelles le bateau ivre kosovar voguait au gré des hésitations et de l’incurie de la communauté internationale. L’ONU est coincée entre les États-Unis, favorables à l’indépendance et en cela fidèles à ceux qu’ils avaient bombardés « combattants de la liberté » en 1999, et la Russie, toujours soucieuse de sa « petite soeur », la Serbie. D’autant que la situation offre à Vladimir Poutine toute latitude pour démontrer la fermeté de la position russe. Avec bien entendu l’éternel troisième larron européen, toujours le cul entre deux chaises et essayant de faire entendre sa voix, même s’il n’a rien à dire.

Reste que ces tergiversations ont fait du Kosovo une sorte de « territoire sans maître », une terra nullius de nouvelle génération, sans statut vraiment défini, privé de toute forme de développement politique, hypothéquant ainsi son développement économique (la province souffre d’un taux de chômage de 45 %) et soumis à des tensions sociales et ethniques constantes.

Deuxièmement, et à la croisée des questions d’abstention et de tensions communautaires, on constate que les Serbes du Kosovo ont largement répondu à l’appel au boycott lancé par leurs chefs de file. On ne sait toutefois si leur abstention était volontaire ou forcée, certains observateurs internationaux évoquant de possibles pressions. Quoi qu’il en soit, pressions ou pas, ils n’en demeurent pas moins les dindons de cette sinistre farce, et n’ont guère d’allié vers qui se tourner : haïs par les leaders indépendantistes albanophones (n’oublions pas que Hashim Thaci, selon toute vraisemblance futur Premier ministre du Kosovo, était un chef militaire de l’UCK, la semi-mafieuse Armée de libération du Kosovo), méprisés par la communauté internationale et pas franchement mieux considérés par les politiciens de Belgrade, dont on sait que certains se satisferaient de l’indépendance du Kosovo afin de pouvoir se consacrer pleinement à régler les problèmes internes à la Serbie, autrement plus pressants à leurs yeux. L’ultime solution pour les Serbes demeurés au Kosovo serait, dans la perspective de l’indépendance de la province, de faire, à leur tour, sécession, constituant ainsi une Republika Srpska kosovar sur le modèle de celle existant en Bosnie-Herzégovine. (République des Serbes de Bosnie autoproclamée, mais non reconnue par les instances internationales, dont la capitale est Banja Luka) Les mêmes causes produisent toujours les mêmes conséquences, et il est dommage que la communauté internationale s’échine à oublier cette vérité première.

Malgré cette abstention massive qui fait logiquement peser un certain doute sur la validité, ou en tout cas d’un point de vue politique et moral, de ces élections, il n’en reste pas moins que les chiffres sont sans appel. En donnant la majorité relative au Parti démocratique du Kosovo, dirigé par Hashim Thaci (34 % des voix), les Albanais du Kosovo ont clairement fait comprendre qu’ils étaient favorables à l’indépendance. Ce n’est guère une surprise. Mais ce qui est nouveau, c’est qu’au légalisme bon teint qui caractérisait Ibrahim Rugova, le « Gandhi des Balkans », comme certains aiment à l’appeler, et qu’avait endossé par la suite son successeur à la présidence du Kosovo, Fatmir Sejdiu, a succédé la véhémence de M. Thaci. Ce dernier menace désormais clairement de larguer les amarres et de ne pas s’encombrer plus longtemps avec les tables rondes et autres négociations : si aucun terrain d’entente n’est trouvé avec Belgrade d’ici au 5 décembre, date de la proclamation officielle des résultats des élections du 17 novembre, le Kosovo proclamera son indépendance, court-circuitant ainsi le processus de pourparlers. De fait, le Kosovo peut se considérer comme un État souverain : il dispose bien d’un gouvernement, d’une population et d’un territoire sur lequel ne s’exerce aucun autre pouvoir, pour ne pas dire aucune autre souveraineté, en dehors de celle de la Minuk qui est forcément un cas particulier. Un État, donc, auquel il ne manquerait plus que l’onction de la reconnaissance internationale.

Or, les États-Unis, par la voix du président Georges Bush, ont d’ores et déjà fait savoir qu’ils reconnaîtraient le Kosovo. Toujours aussi convaincu de son bon droit, et en cela pas moins irresponsable que Bill Clinton en son temps, Georges Bush a en effet considéré qu’un « dialogue sans fin » sur la question de l’avenir du Kosovo n’était pas acceptable. Difficile dans ces conditions d’imaginer que d’autres ne suivront pas. Il est toutefois plausible qu’en pareille circonstance certains pays refusent de le reconnaître, avec en tête la Serbie et, selon toute vraisemblance, la Russie. C’est d’ailleurs en raison du droit de veto de cette dernière que l’adoption d’une éventuelle résolution, voulue par Washington en cas d’enlisements des discussions, accordant l’indépendance au Kosovo paraît peu probable. Bref, un nouvel imbroglio politico-juridique pour les Balkans.

Pourtant adeptes des jeux de dominos destructeurs, les néo-conservateurs américains n’ont peut-être pas prévus toutes les conséquences de l’indépendance du Kosovo. Une triple série de conséquences, à vrai dire. Tout d’abord du point de vue albanais : un Kosovo indépendant serait un signal fort adressé à toutes les autres minorités albanophones de la région. Et la Serbie n’aurait pas le temps de se remettre de la perte de son « coeur » historique, car elle devrait alors faire face à une poussée irrédentiste dans la vallée de Presevo, région méridionale peuplée d’environ 100 000 Albanais qui nomment la vallée « Kosovo oriental ». On ne saurait être plus précis. Une guérilla s’est d’ailleurs récemment développée dans cette partie de la Serbie, et l’indépendance du Kosovo constituerait pour elle un encouragement bien malvenu. L’indépendance kosovare risquerait également de raviver les feux de la discorde entre les Macédoniens et la communauté albanophone de Macédoine, feux à vrai dire jamais réellement étouffés malgré les accords d’Ohrid d’août 2001, qui accordaient des droits politiques et culturels accrus aux albanophones. Ajoutons à cela le réveil toujours probable du rêve de la « Grande Albanie » qui, pour n’être le fait que de quelques irréductibles, n’en demeure pas moins une pièce du puzzle qu’on ne saurait mettre de côté, et on obtient les éléments d’un nouvel embrasement des Balkans.

Ensuite, les répercussions possibles de l’indépendance du Kosovo ne se limitent pas simplement à la question albanaise. Il existe aussi une question serbe, qui se trouverait relancée dans cette perspective. En effet, et comme on l’a déjà évoqué plus haut, l’indépendance kosovare pousserait les Serbes de la province à constituer leur propre entité, laquelle, bien entendu, refuserait de reconnaître la souveraineté et la légitimité du nouvel État. Par ailleurs, elle entraînerait la sécession de la Republika Srpska, l’entité serbe de Bosnie-Herzégovine, en justifiant le référendum d’autodétermination que les dirigeants de Banja Luka souhaitent organiser, ce qui marquerait peut-être tout simplement la fin de la Bosnie post-yougoslave, qui n’a jamais été rien d’autre qu’un protectorat onusien.

Pire, selon Belgrade, le Kosovo indépendant chercherait inévitablement à s'emparer des territoires macédoniens. Pendant ce temps, en Bosnie-Herzégovine, les trois communautés ethniques (Serbe, Croate, et Bosniaque) ont arrêté la violence, mais n'ont pas renoncé à leurs objectifs de guerre. La Bosnie se trouve actuellement dans l'antichambre d'un enfer économique et politique. La Macédoine est confrontée à un conflit potentiel entre ses populations albanaise et slave. Bref, de Banja Luka (Capitale de la Republika Srpska) à Skopje (Capitale de la Macédoine), des milices aguerries attendent leur heure pour en découdre. A nouveau...


On peut enfin élargir encore davantage la portée de la réflexion. S’agissant du droit international, le Kosovo n’a jamais cessé d’être une province de la République de Serbie (ex-République Fédérale de Yougoslavie, ex-Union de Serbie et du Monténégro, ex-Serbie-Monténégro). À cet égard, l’indépendance du Kosovo ouvrirait une brèche dans le droit international, et plus spécifiquement dans les règles adoptées par les Nations unies dans le cadre des dissolutions de l’URSS et de la RSFY : l’autodétermination y avait été réservée aux républiques fédérées (par exemple l’Ukraine dans le cas de l’Union soviétique ou la Slovénie s’agissant de la Yougoslavie) et non pour les autres entités, comme les régions autonomes, raison d’ailleurs pour laquelle l’ONU n’avait pas pris en compte les aspirations indépendantistes kosovares.

Dès lors que l’indépendance du Kosovo serait légitimée, d’autres sécessions pourraient arguer de ce précédent, non seulement dans les Balkans, mais au-delà. La Transnistrie en Moldavie, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud en Géorgie, voire la Catalogne en Espagne (notons d’ailleurs que Madrid est opposé à l’indépendance du Kosovo) ou la Corse ou la Bretagne en France. Le Kosovo est donc la clé : celle qui permet d’ouvrir la boîte de Pandore qui achèvera la malheureuse transmutation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes en droit des minorités à disposer des peuples. Souhaitons que la raison l’emporte, et qu’on garde cette boîte soigneusement fermée.

Sources :
http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=32040


Pour celles et ceux que ça intéressent ou qui sont paumés face à la complexité de la situation et l'enchevêtrement des populations de l'ex-Yougoslavie, n'hésitez pas à me questionner... Wink Petite mise à jour : le Monténégro, qui est rattaché à la Serbie sur la carte, est indépendant depuis 2006.

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