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 Le mythe d'un pays gréviste

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davolutionnaire

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MessageSujet: Le mythe d'un pays gréviste   Mer 14 Nov - 22:08

(Copier d'un tribune dans Libération par François Doutriaux: enseignant en droit privé et consultant juridique indépendant, spécialisé en droit du travail et en droit pénal.)

Citation :
La France serait une nation «grévicultrice» : le pays du «droit de paralyser» (le Figaro, 17 février 2004), qui préfère la «guerre sociale aux compromis» (le Monde, 26 mai 2003) et souffre d’une «forme d’infirmité que ne partagent pas nos voisins européens» (Christine Ockrent, les Grands Patrons, 1998) car «nul autre pays occidental ne se comporte ainsi» (l’Express, 5 juin 2003). Un bref rappel de la réalité historique et statistique de ce phénomène n’est donc pas sans intérêt.

Premier élément du mythe, la France serait un pays de grévistes. Le nombre de journées individuelles non travaillées pour fait de grève était de 4 millions en 1976, 3,5 millions en 1984, 2,1 millions en 1988, 900 000 en 2000, 1,2 million en 2005. En dehors de pics spécifiques (1982, 1995, 2001), l’ampleur et la fréquence des mouvements sociaux ne cessent de diminuer alors même que la population active ne cesse d’augmenter. La fonction publique se substitue par ailleurs progressivement aux salariés privés dans le cadre des conflits sociaux. En 1982, 2,3 millions de journées grevées étaient comptabilisées dans le secteur privé, pour 200 000 seulement dans le secteur public. En 2005, 224 000 dans le privé pour 1 million dans le public. La part du public dans les mouvements sociaux est passée de 3 % dans les années 70 à 30 % à la fin des années 80 puis à 60 % à compter du milieu des années 90.

En effet, les principales causes de cet effondrement statistique concernent les salariés du secteur privé. Ainsi de la précarisation des emplois, du chômage, de la désindustrialisation, de la désyndicalisation ou du démantèlement progressif du droit du travail. Un salarié en CDD ou en CNE va-t-il faire grève ? Les restrictions budgétaires successives et l’effritement graduel des avantages spécifiques de la fonction publique, combinés au nombre relativement important des fonctionnaires, expliquent également ce glissement. Enfin, le statut particulier des agents de l’Etat facilite l’exercice du droit de grève, de plus en plus théorique pour de nombreux salariés privés. Dans le secteur privé, les 224 000 journées de grève en 2005 représentent, à l’aune d’une population active de 16 millions de salariés, 0,01 journée par salarié et par an. Sur une carrière professionnelle de quarante années, un salarié français fera donc grève moins d’une demi-journée, un fonctionnaire moins de quatre jours. Des chiffres à comparer avec les trente-trois millions de journées non travaillées pour cause de maladie en 2005. La grève apparaît cent quarante-sept fois moins pénalisante pour notre économie que les arrêts maladies. La réalité est donc fort éloignée des phénomènes massifs souvent évoqués.

Second élément du mythe, la France recourrait davantage à la grève que ses voisins. Sur la période 1970-1990, la France est onzième sur les dix-huit pays les plus industrialisés en termes de journées non travaillées pour fait de grève. Avec 0,15 journée grevée par salarié et par an, elle est 7,6 fois moins conflictuelle que l’Italie (première), 3,2 fois moins que le Royaume-Uni (septième), 1,6 fois moins que les Etats-Unis (huitième). Sur la période récente (1990-2005), la France demeure onzième sur dix-huit, avec une conflictualité qui s’est effondrée (0,03 journée de grève par salarié et par an) et demeure toujours inférieure à la moyenne (0,04 journée grevée). Les modèles nordiques – réputés en France pour la qualité du dialogue social qui y régnerait – se situent en tête du classement : le Danemark est premier, la Norvège quatrième et la Finlande septième. Ainsi la «flexsécurité», tant vantée par les dirigeants français, semble caractérisée par un niveau de conflictualité nettement plus important. Un paradoxe qui ne semble pas intéresser les défenseurs de son introduction progressive dans notre pays. La France, en dessous de la moyenne des pays industrialisés, n’est certainement pas le berceau de la «gréviculture» décriée par nos médias et nombre de nos politiques.

Troisième élément du mythe, les grèves françaises se caractériseraient par des journées nationales destinées à paralyser l’activité économique. Sur la période 1970-1990, les conflits localisés représentaient 51,2 % des journées non travaillées pour fait de grève, loin devant les 34,9 % de conflits généralisés (propres à une profession) et les 13,9 % de journées nationales d’action. Sur la période plus récente (1990-2005), les conflits localisés représentent 85 % des grèves, pour 14 % de conflits généralisés et seulement 1 % de journées nationales ! La France est treizième sur dix-huit en termes de mobilisation des grévistes. Que pouvons-nous en conclure ? Pays le plus faiblement syndicalisé de l’Union européenne, marqué par un taux de chômage élevé et une hostilité croissante des médias à l’égard des mouvements sociaux, la France n’est pas un pays de grévistes.

Pourquoi, dans ce cas, Nicolas Sarkozy promettait-il avant son élection qu’«au bout de huit jours d’un conflit social, il y aura obligation d’organiser un vote à bulletin secret pour que la dictature d’une minorité violente ne puisse imposer sa loi sur une majorité qui veut travailler» ?Outre le caractère insultant de cette promesse à l’égard des grévistes «violents» et «dictatoriaux» et la manifeste méconnaissance dont atteste notre président en ce qui concerne le droit de la grève, quel est l’intérêt d’une telle mesure dans un pays où 98 % des conflits sociaux durent moins de deux jours ? Le droit de grève est une liberté constitutionnelle et individuelle pour chaque salarié, ce qui est incompatible avec une quelconque validation majoritaire. De plus, son exercice se heurte à la liberté du travail : aucun gréviste ne peut entraver le droit d’un salarié non gréviste de travailler sans engager sa responsabilité civile et pénale. C’est là le paradoxe fondamental de cette proposition : dans le cas d’une validation par une majorité de salariés, la «dictature» de cette majorité imposerait sa loi sur la minorité qui souhaite travailler. Et ne le pourrait plus ! Nicolas Sarkozy inaugurerait donc la première législation sociale encadrant le droit de grève dans le secteur privé, mais contrevenant simultanément à la liberté de faire grève et à celle de travailler.

La loi du 21 août 2007, relative à la grève dans les transports, ne concerne que le secteur public et se contente pour l’essentiel de reprendre le dispositif de dialogue social préexistant en l’aménageant de gadgets (l’obligation d’un préavis au préavis, dont l’utilité laisse dubitatif). Elle ne prévoit aucune réquisition, n’empêche nullement l’ensemble des salariés d’une entreprise publique de faire grève. Elle ne garantit donc en rien un quelconque service minimum. Un texte pour l’essentiel vide de tout contenu autre que purement proclamatoire, très éloigné des promesses de campagne de notre président. Telle est peut-être l’explication finale de la position actuelle de nos dirigeants quant au droit de grève : des proclamations destinées à satisfaire tant l’hostilité (réelle) des médias que celle (supposée) de la population. Ainsi alimente-t-on, sans doute à dessein, les préjugés de ses concitoyens…

Je suis en train de l'étudier surtout dans l'aspect crédible ou non des chiffres mais de ce que j'en ai déjà parlé avec mon père les chiffres sont crédibles...j'entends par là que l'article compare bien ce qui est comparable.

Donc ma question (si vous avez le courage de lire tout ça) qu'en pensez vous?
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goldilox

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MessageSujet: Re: Le mythe d'un pays gréviste   Jeu 15 Nov - 17:42

Ca n'a rien d'étonnant que les jours de grève diminuent. C'est un mal bien Français que de râler et de se plaindre, mais de ne rien faire alors qu'on en a les moyens. Les régimes spéciaux défendent leurs acquis sociaux et ils ont bien raison. Que ceux qui se plaignent n'ont qu'à aller bosser à la SNCF, par exemple, ou qu'ils fassent grève pour défendre leur beefsteak. On assiste à un recul des acquis sociaux, et la seule chose que l'on trouve à faire, c'est de jalouser ceux qui ont acquis des droits en se battant. On trouve normal de niveler les choses par le bas...

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davolutionnaire

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MessageSujet: Re: Le mythe d'un pays gréviste   Ven 16 Nov - 0:34

Mais pour les régimes spéciaux ce qui est le plus énervant c'est que cette réforme n'est QUE symbolique puisque les pensions versées par l'Etat pour ces régimes spéciaux représentent 6% du total des versions alors ok il y a des régimes qui n'ont plus lieu d'être mais qu'est-ce qu'on en a à foutre par rapport à ce que fait perdre comme fric le paquet fiscal pour les riches...
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goldilox

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MessageSujet: Re: Le mythe d'un pays gréviste   Ven 16 Nov - 1:13

Oui, mais ça les gens ne le voient pas ou ne veulent pas le voir, ils pensent que par exemple, les employés de la SNCF sont des nantis jouissant de privilèges énormes, et que c'est à cause d'eux qu'ils ont des problèmes....

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MessageSujet: Re: Le mythe d'un pays gréviste   Ven 16 Nov - 2:58

J'entendais encore un connard dire "de toute façon, c'est des branleurs, ils continuent à être payé pendant les grèves"... Rolling Eyes
Mais quel imbécile! Si c'était le cas, j'irai travailler à la SNCF et je ferai la grève en permanence Very Happy

C'est ce genre de personne dont l'esprit critique est quasi-nul qui se fait largement manipuler par les médias et les discours politiques.

D'ailleurs, c'est à cause de cette perte de salaire que les grèves sont ci courtes. Mes connaissances chez la SNCF perdent 100€ par jour de grève... Alors forcément, ils reprennent vite le travail quand les factures arrivent derrières... C'est justement là le piège, le travail tient vraiment les couilles des salariés; un très bon moyen d'oppression sécuritaire. Toute la grève ne sert à rien puisque les dirigeants savent très bien que les pauvres vont reprendre le travail peu de temps après... bref, la grève non-générale, c'est du semblant, sauf chez les étudiants du coup... Wink

( Tiens par rapport aux médias; ces derniers jours, je m'amuse à relever les mots qui ressortent le plus dans les journaux télévisés à propos de grève -> résultat: c'est le mot GALERE qui revient le plus souvent dans un même journal, histoire de bien marteler l'esprit des spectateurs...
Faites le aussi, c'est intéressant de repérer les 'répétitions d'orientation d'idées')
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davolutionnaire

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MessageSujet: Re: Le mythe d'un pays gréviste   Ven 16 Nov - 3:55

Citation :
( Tiens par rapport aux médias; ces derniers jours, je m'amuse à relever les mots qui ressortent le plus dans les journaux télévisés à propos de grève -> résultat: c'est le mot GALERE qui revient le plus souvent dans un même journal, histoire de bien marteler l'esprit des spectateurs...
Faites le aussi, c'est intéressant de repérer les 'répétitions d'orientation d'idées')
Si vous avez regarder les guignols ce soir il l'ont très bien caricaturé mais ce qui reste malheuresement vrai. Sinon toujours à propos des médias ils disent que la grève au bout de quelques jours ça porte très fortement atteinte à l'économie...sauf que lorsqu'on sort les chiffres le spertes économiques de la grève équivalent à environ un milième de ce qu'on perd par an à cause des congés maladies...
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MessageSujet: Re: Le mythe d'un pays gréviste   Mar 20 Nov - 3:37

Pour rigoler de la misère des transports des derniers temps :


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MessageSujet: Re: Le mythe d'un pays gréviste   Mer 21 Nov - 17:04

Voilà ce qu'un pote a trouvé sur le net, une réaction d'un internaute sur les grèves des chemiots :

"N' est-il pas affligeant de voir dans les médias complaisants à l' égard du pouvoir, c'est-à-dire presque tous, une avalanche de témoignages de moutons qui, non contents d' être livrés aux prédateurs qui les dévorent et de se faire tondre par leurs bergers, ne trouvent rien de mieux que de critiquer les seuls qui ont le courage de se défendre.

Après s' être fait sucrer leurs retraites sans réagir par Fillon il y a quelques années, et bien qu'ils passent leur temps à pleurnicher sur la baisse, mois après mois, de leur pouvoir d' achat, qu'ils voient l' argent de leurs impôts distribué aux contribuables les plus riches du pays, ces esclaves s'en prennent à ceux qui, au lieu de se laisser plumer comme des pigeons, ont le courage de résister.

Mais où en est donc ce peuple d' avachis prêts à tout accepter pourvu qu'on leur organise une coupe du monde de foot de temps en temps, qu'on leur laisse de quoi s' acheter un 4x4 d' occasion, un écran plasma fabriqué en Chine par des esclaves moins payés qu 'eux, des fringues " de marque " fabriquées en Inde par des gamins qui bossent 16 heures par jour, et surtout de belles vacances organisées en troupeaux pour aller jouer les riches dans les pays pauvres ?

Pendant ce temps-là, leurs parlementaires se paient des retraites de luxe où chaque année de cotisation compte double, leur président s'augmente de 206%, et leurs enfants étudiants, aussi veules et minables qu 'eux, applaudissent quand les CRS chargent ceux qui bloquent les facs. Triste destin pour un peuple qui, le 4 août 1789, avait eu le courage de se débarrasser de ceux qui prétendaient ne justifier leurs privilèges que par leur hérédité."

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MessageSujet: Re: Le mythe d'un pays gréviste   Jeu 22 Nov - 20:52

Très bon coup de gueule pirat
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MessageSujet: Re: Le mythe d'un pays gréviste   

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