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 Des galères aux forçats oubliés du bagne...

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goldilox

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MessageSujet: Des galères aux forçats oubliés du bagne...   Mer 17 Oct - 22:10

A partir du Moyen Âge, le rôle de la galère, dont l'utilisation remonte à l'antiquité, est double : militaire, pendant les périodes de guerre, et commercial pour le transport de produits onéreux ou de riches voyageurs. Avec le temps, les difficultés à garnir les bancs de nage, jusqu'alors occupés par les bonevoglies (Rameurs volontaires et « libres », enchaînés uniquement la nuit), obligent les capitaines à trouver d'autres moyens de recrutement. Ils ont, successivement, recours aux esclaves, aux travailleurs saisonniers puis, avec l'autorisation de Charles VII, aux personnes oiseuses ou vagabondes enrôlées de force. Ces volontaires seront, par la suite, directement recrutés dans les prisons avant d'être rejoints par les condamnés à mort ou à divers châtiments.

La peine des galères, prononcée seulement en temps de guerre, apparaît, en tant que condamnation, vers le début du XVIe siècle. D'abord non répressive, elle le deviendra quelques années plus tard. C'est donc en ramant sur les galères du roi que, jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, les condamnés aux travaux forcés accomplissaient leur peine.

Elle est une sorte de peine capitale tant la mortalité y est importante mais aussi une peine corporelle en raison de son lot de supplices tels le port des chaînes et des entraves, le fouet en place publique, le marquage au fer rouge et, parfois même, la mutilation du nez et l'ablation des oreilles. Elle peut être soit à temps, pour des durées de 3 à 10 ans, soit à perpétuité. De fait, malgré les rappels de l'ordonnance royale de 1580 faisant défense à tous les capitaines de galères... de retenir ceux qui y seront conduits outre le temps porté par les arrêts ou sentences de condamnation, le roi soutient la Marine, accordant peu de libération aux galériens en fin de peine.

Destinée à pourvoir les besoins en rameurs de la marine royale, la peine des galères satisfait également l'Etat en le débarrassant d'individus jugés dangereux. Toutefois, tous ne sont pas envoyés en mer. Les femmes, les vieillards, les malades, les fous sont placés dans les quartiers de force dépendants des hôpitaux et dans les maisons du roi. Le nombre croissant de prisonniers causait alors un sureffectif important qu'il était difficile d'endiguer sans construire de nouvelles prisons. C'est ainsi que la galère devient, pour des raisons économiques, un lieu de détention où la société déverse les individus dont elle cherche à se débarrasser.



Flotte de galères au mouillage






Sous le règne de Louis XIV, Colbert, ministre de la marine, entreprend de reconstruire la flotte royale à l'image de son roi en la dotant d'un corps de galères important et prestigieux et, pour résoudre le problème du manque de rameurs, en assure le recrutement en faisant pression sur les magistrats : Sa majesté désirant rétablir le corps de ses galères et en fortifier la chiourme par tous les moyens, son intention est que vous teniez la main à ce que votre compagnie y condamne le plus grand nombre de coupables qu'il se pourra, et que l'on convertisse même la peine de mort en celle des galères. Cette méthode radicale permit, ainsi, de désengorger les prisons et de répondre aux besoins maritimes. La longue période de paix suivant le règne de Louis XIV et les difficultés financières de l'Etat, ne lui permettant pas d'entretenir convenablement les équipages et la chiourme, entraînent une réduction de la flotte, maintenue pour recevoir les condamnés que les tribunaux continuent de lui envoyer.

Le 27 septembre 1748, Louis XV publie une ordonnance qui, sans supprimer les galères, organise autrement la gestion des condamnés. Les galériens sont destinés, à l'exception de ceux sélectionnés pour la rame, aux travaux de fatigues des arsenaux.

La nouveauté du bagne est d'être un établissement à terre dans lequel on enferme les galériens. Le bagne. Ce nom terrible évoque un univers violent et inquiétant que l'on se plaît à croire aux portes de l'Enfer. Le bagne. Ce nom magique suffit à lui seul à faire surgir les fantômes de Vidocq, Vautrin ou Jean Valjean.

L'achèvement de la guerre de Sept Ans, marquée par la perte du Canada, de la Louisiane et des Indes, démontrant la nécessité d'une marine puissante, Louis XV décide de réaliser de grands travaux de construction navale dans les arsenaux. C'est cette période d'activité accrue de la marine qui provoque en quelque sorte la fin des galères et les débuts du bagne.

Deux bagnes sont ouverts : celui de Toulon est en fonction de 1748 à 1873, et celui de Brest de 1748 à 1858. Le premier contingent de forçats arrive à Brest en 1749. Celui de Rochefort-sur-Mer, prévu dès 1748, ne sera créé qu'en 1776 et fermera le premier en 1852. Par la réforme de code pénal de 1791, Louis XVI remplace la peine des galères par celle des fers permettant l'emploi des condamnés à des travaux forcés au profit de l'Etat. Il poursuit les réformes des prisons par la création de catégories selon la nature du crime commis et la durée de la peine et prend des mesures humanitaires comme la libération de récidivistes non renvoyés à la fin de leur peine et l'attribution d'un salaire aux forçats pour les encourager au travail.

Avec le développement des bagnes napoléoniens, le nombre de forçats passe de 4 000, en 1795, à 16 000 à la fin du Premier Empire, avant de connaître, avec la chute de Napoléon, une forte baisse de la population de détenus et la fermeture des bagnes étrangers.

Pendant la Restauration, un débat opposant les partisans d'un système pénitentiaire avec des peines justes et morales, permettant la réintégration sociale des condamnés, à ceux d'une déportation vers les colonies, cherchant à protéger la société en éloignant les individus dangereux, annonce une réforme du système pénitentiaire. De plus, il apparaît que, d'une part, le bagne coûte cher à cause du besoin moindre de la main d'œuvre des forçats et que, d'autre part, celui-ci ne joue plus son rôle pénitentiaire de par le relâchement de sa discipline. Des rapports de police vont jusqu'à relater que des forçats ramenaient au bagne les surveillants ivres avec qui ils étaient sortis.

Datant de l'époque des galères, le transport par chaîne, lente procession publique à travers le pays de prisonniers entravés deux par deux à l'aide d'une chaîne puis entre couples avec une autre, est remplacé, en 1836, par le transport en voitures cellulaires.

Louis Napoléon, suite aux événements de 1848 et à son coup d'état de 1851, met en place les bagnes coloniaux, les premières déportations de prisonniers politiques et les transportations vers l'Algérie ou Cayenne. Ainsi, malgré les échecs de colonisation officielle de l'expédition de Kourou de 1763 (décès de 10 000 personnes sur 16 000), et de celle décidée par l'Assemblée législative envoyant des prêtres réfractaires et des individus dénoncés pour leur manque de civisme, la Guyane devient terre de déportations sous tous les régimes et jusque sous le Second Empire. En même temps que s'effectuent les déportations, l'idée de transportation5 commence à germer, c'est-à-dire de déplacer vers les colonies les forçats des bagnes de Toulon, Brest et Rochefort.



Les Îles du Salut






L'effondrement de l'économie guyanaise dû à l'abolition de l'esclavage, les problèmes causés par l'existence des bagnes en France ainsi que la violence des luttes politiques depuis 1848 sont à l'origine de cette nouvelle entreprise. La dénonciation de la situation (école de corruption et d'immoralité) dans les bagnes métropolitains de Brest, de Toulon et de Rochefort principalement, a entraîné le décret du 30 mars 1852 permettant aux condamnés de droit commun de faire une demande pour purger leur peine de travaux forcés en Guyane.

Le premier convoi quitte Brest pour les îles du Salut le 27 mars 1852 avec 298 condamnés. Devenu un des principaux centres pénitentiaires de Guyane dès la fin de l'année 1852, il y avait déjà aux îles du Salut, près de 1000 bagnards. La loi de Napoléon III du 30 mai 1854, qui institua les bagnes coloniaux, décida l'envoi à Cayenne non seulement de tous les condamnés aux travaux forcés, mais aussi, des femmes destinées à être mariées aux bagnards et à participer au peuplement de la colonie. La loi, toujours dans le même souci de colonisation, inaugura le système de doublage, c'est-à-dire l'obligation de résidence à la fin de la condamnation pour un temps égal à celui des travaux forcés, ou la perpétuité pour une peine de plus de huit ans, avec l'attribution de lopins de terre en milieu rural ou de magasins ou d'échoppes d'artisans en concessions en ville pour les bons sujets. Cependant, des épidémies de fièvre jaune frappent les pénitenciers faisant des ravages sur des hommes déjà très affaiblis par des conditions de travail éprouvantes, d'hygiène précaire et une nourriture inadéquate. Ainsi, seulement 3 600 condamnés sur les 8 000 envoyés en Guyane vont survivre entre 1852 et fin 1856. Le 22 février 1858, la distribution de concessions à des détenus en fin de peine consacre la nouvelle politique. Le 16 mars 1860, Saint Laurent est constitué en Territoire pénitentiaire du Maroni avant sa fermeture en 1868, en raison de difficultés dues pour la bonne part au climat, aux maladies tropicales mais aussi à l'échec des concessions, provoquant le regroupement des condamnés sur les îles du Salut. Malgré les rapports inquiétants sur la salubrité du bagne guyanais, reçus dès 1857, ce n'est qu'en 1863 qu'une solution se fait jour, faisant de la Nouvelle-Calédonie un deuxième lieu de transpor-tation destiné aux forçats européens.

Le 5 février 1864, le premier convoi de transportés quitte Toulon pour la Nouvelle-Calédonie, qui présente deux avantages notables : son éloignement de la métropole (trois mois de navigation au lieu d'un pour la Guyane) et le climat. Les événements sanglants de mai 1871 débouchent sur la déportation en Nouvelle-Calédonie de 4 243 communards pour faits d'activités politiques. Toutefois, le projet d'établissement d'une colonie pénitentiaire en Nouvelle-Calédonie rencontre des difficultés puisque le bagne du Pacifique, proche de Tahiti, n'inspire pas la crainte de la sévérité de ses châtiments.

Depuis la fermeture définitive du bagne de Toulon, en 1873, l'embarquement des transportés pour la Guyane s'effectue à partir de la Citadelle de Saint-Martin-de-Ré, l'antichambre du bagne.

L'autre loi fondamentale fut celle de la relégation du 27 mai 1885. Elle décida de l'envoi en Guyane et en Nouvelle-Calédonie des récidivistes, des coupables de petits délits. C'était, pour la métropole, se débarrasser des gens sans aveu, sans logis, des petits voleurs, des paumés, sans domicile fixe, des vagabonds, des malfaiteurs qui avaient, injustice supplémentaire, déjà purgé leur peine dans les prisons de France.

Bien que fermés de 1867 à 1887 (sauf les établissements de Maroni, destinations des transportés arabes, antillais ou annamites6), que les condamnés coloniaux (antillais ou algériens), les îles du Salut ne furent pas pour autant abandonnées par l'administration pénitentiaire. Et c'est, finalement, sous la Troisième République, en 1887, que fut décidée la reprise de la transportation des condamnés métropolitains. Les îles du salut redevinrent, dès lors, un centre actif de la colonie pénitentiaire puis, à partir de 1895, furent également affectées à la déportation.

En 1897, un dernier convoi de condamnés met fin à la déportation et à la relégation dans l'île de la Nouvelle-Calédonie avant sa fermeture définitive en 1931 après avoir reçu un total de 31 000 condamnés.

Après deux siècles d'existence, dans le système pénal français, les bagnes furent officiellement supprimés par le décret-loi du 17 juin 1938. Cette décision fut provoquée par une vaste campagne de presse, menée notamment par Gaston Monnerville, avocat guyanais élu à la chambre des députés, Charles Péan, délégué par l'Armée du Salut de France, Albert Londres, célèbre reporter, confortée par les récits d'anciens forçats et même de médecins du bagne.

Par son ouvrage littéraire, décrivant le bagne de Guyane et sa réalité des faits par le détail de la vie quotidienne des bagnards, Albert Londres dénonce les chantiers terribles, le manque de nourriture et de soin, l'horreur de la relégation qui condamne à la misère les hommes ayant accompli leur peine, les obligeant même à s'accuser de crimes, parfois imaginaires, pour retourner au bagne où la pitance est assurée.

Quant à Charles Péan, partisan de la suppression du bagne, il s'indigne plus particulièrement des conditions des libérés, les plus misérables des condamnés, incapables de subvenir à leurs besoins et encore moins de s'acheter leur billet retour. De retour en Guyane, il s'occupera de porter assistance à tous ces hommes par la création de foyers, restaurants puis d'ateliers de menuiserie afin de financer leur retour en France. Ainsi, à compter de 1935, les premiers libérés regagnent la France avec l'assistance de l'Armée du Salut.

Le 16 mars 1946, le changement de statut de la Guyane, en devenant un département français, entraîne la fermeture définitive du bagne et le retour progressif, d'abord, des bagnards ayant achevés leur temps puis de ceux en cours de peine, qui s'achèvera en 1952.

Les derniers bagnards sont les tristements célèbres oubliés de Nosy-Lava, une petite île au large de Madagascar dont le bagne date 1911. A cet endroit, jusqu'en 2001, on pouvait y trouver des détenus condamnés sous de Gaulle souvent pour des broutilles (vol de nourriture...) et ont été oubliés (surveillants inclus) par l'administration lors de l'indépendance de Madagascar. Les détenus y vivaient dans des conditions sanitaires et alimentaires très précaires, étant obligés de travailler pour la population locale en échange de nourriture ou de vêtements. Certains sont même encore enchaînés, les pieds entre 2 planches. Ces oubliés ont purgé 8 à 10 fois leur peine... L'administration pénitenciaire ayant été oubliée, celle-ci continue d'exercer sa fonction... C'est en 1997 que les choses bougent, quand un journaliste local publie un article sur ces anciens forçats et leur condition de vie désastreuse. Face à l'émoi suscité, ceux-ci seront tous graciés en 2001.

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